Comment la géopolitique redessine la carte du voyage en 2026

Image: Les gens en viennent à se dire que Dubaï n'est peut-être pas une si bonne idée (Photo Credit: Claudette Covey)
Image: Les gens en viennent à se dire que Dubaï n'est peut-être pas une si bonne idée (Photo Credit: Claudette Covey)
Mia Taylor
par Mia Taylor
Dernière mise à jour: 11:00 AM ET, Wed August 12, 2026
Bert Archer
traduit par Bert Archer

La volatilité et l'incertitude géopolitiques font désormais partie du quotidien un peu partout dans le monde.

Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, la planète n'avait compté autant de guerres actives, selon l'organisation humanitaire états-unienne International Rescue Committee (IRC). Le conflit le plus médiatisé cette année aura sans doute été l'offensive conjointe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, mais la violence et les bouleversements frappent bien d'autres populations et régions du globe.

Une personne sur sept dans le monde vit sous la menace d'un conflit armé, toujours selon l'IRC.

Cette réalité transforme à son tour les habitudes de voyage à l'échelle mondiale, bouleverse l'économie du transport aérien et met à l'épreuve la résilience des marchés touristiques, d'après un rapport de la firme-conseil états-unienne McKinsey & Company.

Les gens veulent toujours voir le monde, même quand les tensions géopolitiques rendent le paysage particulièrement délicat. Mais leur façon de voyager a changé du tout au tout : ils repensent le choix de la destination, réfléchissent davantage au moyen de s'y rendre et pèsent tout autant le moment de partir.

« Le comportement qui définit le voyage en 2026, ce n'est pas l'annulation généralisée, c'est la substitution rapide », confie Michael McCormick, fondateur et associé directeur de Travel Again Advisory, à TravelPulse. « Les gens veulent toujours voyager, mais ils sont plus disposés que jamais à changer de destination, de transporteur, d'itinéraire ou de dates dès que le climat géopolitique se trouble. »

Autrement dit, la demande reste bien vivante. L'incertitude, elle, se traduit par des réservations reportées, des habitudes modifiées et d'autres façons de réserver, selon McKinsey & Company.

Concrètement, qu'est-ce que ça donne? Nous avons demandé à des spécialistes de décortiquer le tout pour TravelPulse et d'expliquer comment la géopolitique transforme le voyage en 2026.

L'évolution des comportements

À une époque où les guerres sont plus nombreuses, plus tenaces et plus meurtrières que depuis des décennies, les voyageurs ont pris une conscience aiguë du risque, sans pour autant chercher davantage à le fuir, observe M. McCormick.

« Quand ils réservent, ils regardent de bien plus près les conditions d'annulation, l'assurance voyage, les vols sans escale, les exigences frontalières et la santé financière des entreprises qui participent à leur voyage », explique-t-il.

Beaucoup attendent aussi plus longtemps avant de s'engager, l'œil rivé sur l'actualité mondiale. D'autres réservent plus tôt, mais paient pour une marge de manœuvre qui les met à l'abri des mauvaises surprises.

Et les changements ne s'arrêtent pas là.

« Le plus frappant, c'est que les voyageurs jugent désormais l'ensemble du trajet, pas seulement la destination, poursuit M. McCormick. Ils se demandent au-dessus de quels territoires l'avion passera, où ils feront escale, si les règles frontalières ou de visa risquent de changer, et avec quelle facilité ils pourraient rentrer si la situation tournait mal. On est loin de la vieille question, celle de savoir si l'hôtel ou la destination est sûr. »

De fait, les voyageurs passent au crible chaque point de friction de leur parcours, à l'affût des endroits où le risque et les ennuis pourraient surgir.

D'où le réflexe d'éviter les billets distincts, les correspondances serrées et les destinations où n'atterrissent qu'une poignée de vols par semaine, explique Andres Serra, chef des opérations chez Optimize Travel, une entreprise qui aide les gens à voyager plus intelligemment grâce à des outils de planification, des guides de destination et des conseils à jour.

« Bien des gens acceptent de payer de 10 à 20 % de plus pour un vol direct, un tarif flexible ou un hôtel remboursable : ils préfèrent protéger leur voyage que d'économiser un peu au départ », affirme M. Serra.

George Morgan-Grenville, fondateur et PDG de Red Savannah, un voyagiste de luxe présent à l'international, dresse un constat semblable. Ce qui change, confie-t-il à TravelPulse, c'est la manière de voyager, pas l'envie de partir.

« L'adaptabilité, voilà la grande tendance. Malgré les tensions géopolitiques et la flambée du carburant, les gens gardent une forte envie de voyager, et les dépenses sont restées soutenues », dit-il.

Les virages les plus nets qu'il a observés vont vers la prévisibilité, la certitude et le rapport qualité-prix.

« Les voyageurs cherchent une expérience stable, ce qui les a poussés à bouder le Moyen-Orient, comme destination ou comme escale vers l'Asie, par exemple », poursuit-il.

« On remarque aussi des décisions plus tardives : la part des demandes qui nous arrivent dans les 60 jours avant le départ est passée de 10 % l'an dernier à 15 % cette année », ajoute-t-il.

Les destinations que les voyageurs évitent

Côté demande, un conflit régional touche bien plus que le seul pays où il éclate. Une guerre déteint aussi sur les destinations voisines, les liaisons aériennes, les plaques tournantes de correspondance, le prix du carburant et la perception des voyageurs à l'échelle de toute une région, explique M. McCormick.

« L'instabilité qui s'éternise au Moyen-Orient en est l'exemple le plus clair, dit-il. Même une destination qui reste ouverte et fonctionnelle peut voir ses réservations mollir, parce que les voyageurs ne font pas toujours la différence entre le danger réel, le risque d'escalade et celui d'une fermeture d'espace aérien ou d'un vol perturbé. »

Les voyageurs fuient surtout les zones de conflit actives et les pays frappés des avis les plus sévères : l'Iran, l'Irak, le Liban, la Syrie, Israël, l'Ukraine, la Russie et certaines régions d'Afrique.

Mais l'effet le plus intéressant, selon M. McCormick, tient à la prudence des voyageurs même envers les destinations voisines ou les points de correspondance qui n'ont pour tort que d'être proches d'une zone instable. « Certains reviennent sur un voyage qui passe par une plaque tournante du Moyen-Orient, ou sur un itinéraire qu'une fermeture soudaine de l'espace aérien pourrait compromettre, même quand la destination elle-même demeure relativement sûre », dit-il.

Résultat, plusieurs destinations courues de la région, comme Oman et la Jordanie, deviennent « victimes d'un risque perçu par simple proximité », note M. Morgan-Grenville.

Les destinations qui gagnent en popularité

Pendant que des destinations moyen-orientales jadis courues comme Dubaï et Abou Dhabi — prisées de longue date en hiver et en demi-saison — reculent nettement, des pays comme l'Espagne, la Grèce, le Portugal, la Turquie, l'Italie et le Maroc s'imposent comme les rechanges pour les voyageurs en quête de soleil, de stabilité et de tranquillité.

D'autres « destinations refuges » ont aussi vu le jour, selon M. Morgan-Grenville : l'Islande, la Nouvelle-Zélande et le Japon, tout comme des pays du nord et de l'ouest de l'Europe, la Finlande, l'Écosse et l'Irlande. Chez Red Savannah, les réservations vers l'Amérique latine ont bondi d'environ 45 %, et celles vers l'Afrique, de 48 %.

Certaines îles tirent aussi leur épingle du jeu dans ce climat d'incertitude. L'île Maurice et les Maldives passent désormais, aux yeux de bien des gens, pour des havres de paix.

« Les voyageurs se tournent vers les endroits qui leur paraissent politiquement stables, faciles d'accès et sans mauvaise surprise sur le plan logistique », affirme M. McCormick.

Cette nouvelle réalité profite aussi au Canada et au tourisme intérieur états-unien, de même qu'aux Caraïbes et aux destinations qu'on rejoint sans escale ni correspondance compliquée, ajoute-t-il.

Gagnants et perdants d'une nouvelle donne

L'instabilité géopolitique qui a marqué 2026 a bel et bien imposé une nouvelle donne.

Comme l'explique le rapport de McKinsey & Company, trouver un vol est devenu plus ardu, les transporteurs du monde entier ayant réduit leurs horaires pour encaisser la hausse du carburant.

Du même coup, faire escale dans les plaques tournantes du Moyen-Orient a perdu de sa simplicité et de son attrait. Depuis l'offensive des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, le nombre de passagers internationaux qui y transitent a fondu de 5,1 millions sur un an en mars et en avril, un plongeon d'environ 53 %.

La plupart des marchés du Golfe encaissent aussi un net repli des revenus d'hébergement. Dubaï écope le plus durement, avec des revenus de chambres en baisse de 75 % sur un an, soit quelque 2,5 milliards de dollars envolés, selon McKinsey & Company.

Beaucoup de voyageurs préfèrent rester près de chez eux, révèle un sondage récent sur les événements géopolitiques mené par le comparateur d'assurance voyage états-unien Squaremouth. Un peu plus de 10 % des répondants disent avoir sciemment choisi cette année une destination plus rapprochée. Près d'un voyageur sur quatre a réduit la voilure d'un voyage prévu, et près de 9 % affirment avoir souscrit plus de couverture d'assurance qu'à l'accoutumée.

Reste que l'appétit pour le voyage ne faiblit pas. Les gens restent prêts à y mettre leur argent durement gagné, même dans un monde toujours plus incertain.

« Mon impression générale, c'est que l'instabilité géopolitique n'élimine pas la demande de voyage : elle la déplace, dit M. McCormick. En 2026, les destinations qui savent projeter stabilité, accessibilité et préparation gagnent du terrain sur celles qui laissent planer ne serait-ce qu'un doute. »

« Le grand gagnant n'est pas un pays en particulier. C'est la destination qui offre au voyageur le moins de points de rupture possibles », conclut M. McCormick.

Édition : Bert Archer

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Mia Taylor

Mia Taylor

Senior Editor

Mia Taylor is an award-winning journalist who has two decades of experience. Most recently she worked as a staff writer for America's largest digital publisher DotdashMeredith, where she contributed stories on a daily basis to four of the company's most iconic brands - Parents,Real Simple, Better Homes & Gardens, and Health. Her work has also appeared in Travel + Leisure, The Boston Globe, The San Diego UnionTribune, Westways Magazine, Fortune, and more.

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