TravelPulse sur place à Opatija : le luxe délocalisé

Image: La promenade Lungomare à Opatija, en Croatie (Photo Credit: Bert Archer)
Image: La promenade Lungomare à Opatija, en Croatie (Photo Credit: Bert Archer)
Bert Archer
par Bert Archer
Dernière mise à jour: 2:05 PM ET, Tue October 28, 2025

Première partie : TravelPulse sur place - Travel Leaders, Opatija, Croatie

Deuxième partie : La solidité du luxe

Certains hôtels de luxe planent littéralement au-dessus du commun des mortels — sur des montagnes suisses, au sommet de tours de cent étages. Ils planent aussi, parfois, au-dessus des lieux et des cultures où ils se posent, à leurs risques et périls.

Les conseillers rencontrés au récent Forum international du voyage de luxe de Travel Leaders, à Opatija, en Croatie, disent que le voyageur de luxe d’aujourd’hui, plus aguerri et plus exigeant que jamais, veut ses cinq étoiles servies avec une dose de singularité locale.

Or, les groupes et les familles qui ont la volonté et les moyens d’ouvrir de nouveaux cinq étoiles à Opatija — comme ailleurs — privilégient souvent les constructions neuves, comme le Keight et le Navis. Ils visent ce qu’ils perçoivent comme les standards internationaux du luxe : le verre et l’acier plutôt que le bois et le plâtre. Le Navis, bâti juste à l’extérieur d’Opatija, s’appuie pourtant sur l’histoire personnelle de la famille Kapetanović, qui l’a construit et qui le dirige. L’hôtel est superbe ; Kristjan Staničić, directeur de l’Office national du tourisme, m’a confié, lors d’un dîner sur place, qu’il le considérait comme le plus bel hôtel de Croatie. Dans un écosystème hôtelier plus varié et enraciné, il ferait figure d’alternative intéressante — un Hazelton face à un Four Seasons, un l'Hôtel face au Reine Elizabeth.

The Navis Hotel in Opatija, Croatia

L’intérieur charmant et original de l’hôtel Navis (Photo Credit: Bert Archer)

Les Kapetanović, originaires de Bosnie centrale, comme Katica Hauptfeld, propriétaire du Keight via sa société Katarina Line, ont fait du bon travail. Et le fait que ces deux établissements soient familiaux est réjouissant. Sauf qu’ils pourraient être transportés à Capri, à Vancouver, à Rotorua ou à Lima sans que personne ne voie la différence.

Ceux d’entre nous qui voyagent souvent le remarquent : les meilleures pratiques de l’industrie produisent aussi leurs uniformités. Trouver des boutiques Gucci ou Hermès partout, c’est commode. Découvrir Piquadro ou Delvaux, c’est un plaisir. Moins un lieu est précis dans sa culture, moins on en parle à ses amis — et plus fragile devient son industrie touristique. Le luxe, en soi, n’a rien d’unique ; il est seulement agréable. Le Georges V et le Ritz sont français, le Dorchester et le Connaught anglais, le Royal Mansour et la Mamounia marocains, les palais du Ring viennois, nos anciens hôtels ferroviaires canadiens. Déplacer l’un de ces hôtels dans un autre contexte culturel reviendrait à planter Main Street USA au cœur d’Anaheim — ou d’Urayasu, ou de Marne-la-Vallée.

Les voyageurs fortunés, qu’ils soient riches ou simplement enclins aux excès, n’ont nul besoin de retrouver les mêmes savons parfumés et les mêmes salles de bain en marbre d’un continent à l’autre. Ils ne cherchent pas un parc thématique du luxe.

Sur le chemin du retour, je me suis arrêté à l’hôtel Dolli, à Athènes, que plusieurs conseillers m’avaient recommandé.

Le Dolli, lui, a compris.

The lobby of the Dolli hotel, Athens

Le hall de l’hôtel The Dolli, à Athènes (Photo Credit: Bert Archer)

L’édifice, ancienne résidence puis immeuble d’affaires centenaire, a été acheté par l’héritière d’une famille crétoise d’hôteliers. Elle l’a nommé en hommage à une amie, fondatrice du Musée d’art cycladique voisin, et l’a meublé selon un goût personnel mêlé à l’histoire d’Athènes : amphores du Ve siècle av. n. è. sur la cheminée du hall, encadrant des céramiques grecques de Picasso et Cocteau, portraits de dieux et héros locaux, clins d’œil à l’Athènes moderne. Tout y respire le pays, la ville, le quartier, la famille qui l’a façonné. C’est du grand luxe enraciné.

Quand les voyageurs de luxe rentrent chez eux, ils veulent sentir qu’ils ont été quelque part. Les meilleurs conseillers le savent déjà. Certains hôteliers ont encore du rattrapage à faire.

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