
par Bert Archer
Dernière mise à jour: 8:05 AM ET, Mon October 27, 2025
Les hôtels souffrent peut-être d’un problème de luxe.
Pas chacun pris individuellement. Le Reine-Élizabeth à Montréal, le Hazelton à Toronto, l’Hotel Vancouver sont de bons exemples de luxe maîtrisé.
Mais comparons-les au Ritz de Montréal, au Shangri-La de Toronto ou au Waterfront de Vancouver. Ces établissements sont tous charmants, raffinés, luxueux à souhait pour tout voyageur en quête de faste. Voyez-vous la différence ?
Les habitués du grand luxe, eux, la perçoivent. Et les conseillers en voyages spécialisés dans ce segment la connaissent bien.
J’ai demandé à neuf conseillers réunis à Opatija, six états-uniens et trois Canadiens, ce que signifiait pour eux le luxe en matière de voyage.
(Source: Natalie Kloss-Biagini)Pour Natalie Kloss-Biagini, de Travel Abundance à Austin, au Texas, « tout se résume à des expériences uniques et authentiques ».
(Source: Rey Alton)Rey Alton, de la deuxième génération à la tête d’Alameda Travel à Houston, a répondu : « Le luxe, c’est la nouveauté des expériences. »
(Source: Anne Allen)Annemarie Allen, de IKP Travel à St. Paul, au Minnesota, l’a formulé autrement : « Le luxe ne se mesure pas qu’à la dépense… Il s’agit d’adapter le voyage aux désirs du client et de veiller à ce que ses attentes soient comblées, sur un plan local et immersif. »
(Source: Devyn Perry)Peut-être que Devyn Perry, originaire de Mission, en Colombie-Britannique, passée de la publicité au conseil haut de gamme à Toronto, l’a dit le mieux : « Le luxe a évolué du poli vers l’authentique. C’est l’idée de vivre quelque chose d’unique, pas accessible à tous, qui procure un sentiment de privilège. Ce n’est pas la perfection qui compte, mais la sincérité. Dès qu’une expérience paraît fabriquée, elle perd sa force. »
Le Milenij, hôtel hôte du forum à Opatija, illustrait bien cette distinction entre luxe générique — celui du Ritz, du Shangri-La ou du Waterfront — et luxe ancré dans un lieu, comme au Reine-Élizabeth, au Hazelton ou à l’Hotel Vancouver.
On ne peut pas dire, en somme : le luxe, c’est moi.
Malgré son nom moderne, l’hôtel occupe une villa du XVIIIᵉ siècle, témoin des débuts du tourisme européen à Opatija, qui attirait jadis les élites de Vienne, de Budapest et de Venise. Édifié en 1836, probablement par Benedikt Hasslinger de Vienne, il devint pension en 1898, puis petit hôtel-café vers 1910, intégré ensuite au complexe du Kvarner sous la Yougoslavie, avant de renaître en 2000 sous le nom de Milenij — « millénaire » en croate.
Une aile moderne accueille aujourd’hui des salles de congrès, mais le charme du lieu repose sur cette esthétique d’un autre siècle, la même qui imprègne toute la ville de 10 000 habitants — et autant de lits touristiques — qui célébrait ses 180 ans de tourisme en 2024.
Rien de tout cela n’est expliqué sur place. Aucune plaque, aucun récit illustré comme on en trouve au Bristol de Vienne. Les vitrines exposent de jolies porcelaines sans lien historique, ni datation, ni cohérence — et curieusement, rien n’est à vendre.
En gravissant les escaliers nommés en l’honneur de figures locales, jusqu’aux collines dominant la baie Adriatique, on ressent pourtant l’histoire singulière d’Opatija, capitale touristique mûre, méconnue et pourtant intacte.
La ville, elle, fait l’effort de raconter ce passé : sculptures de visiteurs illustres, panneaux explicatifs dans les jardins et le long du lungomare. Les hôtels, eux, demeurent indifférents. Trois autres établissements visités — le Keight, récent membre de la collection Hilton Curio ; le Navis, un autre bâtiment contemporain au nord ; et un Hilton entre Opatija et Rijeka — ne font aucune allusion à l’unique richesse du lieu.
C’est précisément ce que soulignaient ces conseillers. En Croatie, un cinq étoiles correspond souvent à un quatre étoiles occidental ; cela importe peu si l’expérience est spécifique, inédite et mémorable, quelque chose qu’on a envie de raconter.
Ainsi, Opatija plaira sans doute aux voyageurs fortunés, qui y trouveront quelques jours de détente et de découvertes — les Austro-Hongrois y passaient jadis toute la saison. Mais l’approche hôtelière du luxe demeure si standardisée qu’elle en devient banale. Combinée à des prestations plus proches du quatre étoiles que du cinq, cette uniformité pourrait bien détourner la clientèle qu’elle cherche à séduire.
Ironie : la ville regorge de splendides villas anciennes, souvent abandonnées ou à peine entretenues, selon le fils d’un propriétaire rencontré sur place. Chacune d’elles, restaurée avec soin, pourrait incarner le charme et l’esprit d’Opatija : un luxe enraciné, précis, et sincère.
Demain, dernier volet : ce qui cloche, et une piste pour y remédier.
Sujets de cet article à explorer