
par Bert Archer
Dernière mise à jour: 2:20 PM ET, Wed December 3, 2025
Il y a un article que nous avons publié aujourd’hui sur les vacances en Arabie saoudite.
Selon les milieux, ça ne tombera pas de la même manière.
Alors, comme j’ai été touriste en Arabie saoudite au cours des dernières années, j’ai cru bon mettre quelques idées sur papier.
Je suis tout à fait pour les boycotts. Je n’ai pas acheté de bourbon depuis la première administration Trump. Mais on entend de temps à autre des appels au boycottage touristique, et ceux-là, je m’interroge.
Une guide fait visiter son groupe à Diriyah, près d’AlUla (Photo Credit: Bert Archer)Parfois, c’est lié à une loi particulièrement brutale, à des violations des droits de la personne, à un scandale environnemental ou à un régime autoritaire.
Mais ces boycotts ont un point commun : ce sont des boycotts. L’idée consiste à priver la cible de ma consommation, à lui faire un peu mal, comme un aiguillon électrique à faible tension, pour qu’elle se redresse, prenne acte et réévalue ses choix.
Sauf que, comme je le dis, je m’interroge sur l’efficacité des boycotts touristiques.
Très peu d’économies, dans le monde, dépendent réellement du tourisme. En dehors des petits États insulaires, c’est rarissime. Au Portugal, le pays européen le plus dépendant parmi les grandes économies, on parle de moins de 5 %. En France et en Italie, c’est autour de 1 %. Donc, à moins de vouloir faire plier Aruba (43 %) ou faire céder les Maldives (38 %), votre boycottage touristique a peu de chances d’avoir un effet transformateur.
Et il y a plus : c’est la nature même de la transaction. Contrairement aux produits alimentaires ou à l’alcool, le voyage n’est pas qu’un échange monétaire.
Un joueur d’oud traditionnel donne une prestation à Diriyah. (Photo Credit: Bert Archer)Si vous étiez une femme au Qatar en 2012 et portiez un haut laissant les épaules découvertes, vous pouviez vous attendre à être dévisagée par les hommes et sifflée par les femmes dans la rue. Mais quand l’émir a annoncé que, grâce à l’obtention de la Coupe du monde 2022, la population devrait tolérer les façons de faire étrangères tout en conservant les siennes, les choses ont presque immédiatement changé.
Les touristes allaient arriver, et les choses allaient changer.
C’est un exemple extrême — et durable, d’ailleurs — mais il n’est pas fondamentalement différent de ce qui se produit ailleurs, dans ces endroits du monde qui nous dérangent, nous, dans notre partie du monde. J’ai déjà écrit, à moitié en riant, qu’on devrait tenir la WorldPride au Qatar, mais le fond de l’argument n’avait rien d’une blague. Les touristes arrivent avec leurs valeurs, et beaucoup de touristes, avec beaucoup de systèmes de valeurs, finissent par avoir un effet d’assouplissement sur un lieu. Il devient difficile d’être farouchement homophobe, raciste, ou même anti-occidental, quand des gens souriants circulent autour de vous en vivant leur meilleure vie, et en dépensant quelques milliers de dollars à droite et à gauche.
Alors, l’idée de voyager en Arabie saoudite, pays associé au 11-Septembre, aux bourreaux de Jamal Khashoggi, et à l’interdiction de conduire imposée aux femmes jusqu’à récemment, peut sembler évidente pour certains. Bien sûr qu’on n’y va pas. Pour d’autres, c’est l’inverse. C’est cool, pourquoi s’en priver ?
Je pense que la réponse, comme souvent, se trouve quelque part entre ces deux points de vue évidents. Il faut y aller, il faut amener autant de nous-mêmes que possible, il faut, en somme, témoigner, agir comme des missionnaires laïques du tourisme dans ces endroits du monde qu’on juge extrêmes ou déraisonnables, plutôt que de les éviter. Il faut commander nos cafés, avec toutes nos demandes farfelues de mousse. Il faut sourire, rire, être aussi affectueux que les lois locales le permettent, porter ce qu’on porte, faire ce qu’on fait, vivre comme on vit, qu’on vienne du Canada, de l’Allemagne, du Vietnam ou du Sri Lanka.
Les femmes verront. Les gais verront. Et surtout, les enfants verront.
Quand j’y étais en 2023, je me suis retrouvé coincé dans un embouteillage de jeunes à Riyad, penchés à moitié hors de leurs fenêtres, en train de flirter, de faire jouer leur musique trop forte, dans des voitures modifiées, à trois heures du matin un mercredi. Ce n’est pas l’Arabie saoudite d’il y a vingt-cinq ans. C’est une Arabie saoudite qui, à sa manière, tend la main vers le monde qui vient la visiter. Et ces jeunes, dans leurs voitures, en thobes et en hijabs, tout comme en jeans et t-shirts, auront au moins une partie de ce qu’il leur faut pour grandir dans un monde de leur choix.
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