
par Natasha Lair
Dernière mise à jour: 6:50 PM ET, Thu September 3, 2026
Kathy Buckworth se rappelle son premier vrai voyage en solo pour les raisons qu'on devine — la Suisse, Gstaad, Saint-Moritz —, mais c'est la liberté qui lui est restée.
Elle avait vu la Suisse enfant. Son métier de journaliste de voyage lui a offert d'y retourner seule; elle a dit oui tout de suite.
« Explorer où je voulais, comme je voulais, et fixer mon propre horaire », confie-t-elle à TravelPulse Canada. « Ça reste un de mes voyages préférés. »
Journaliste chevronnée et collaboratrice pigiste de TPC, elle parcourt le monde seule depuis des années. À 63 ans, sa conclusion tient en une phrase: à attendre que quelqu'un d'autre soit libre, intéressé ou prêt, on ne voit jamais les endroits dont on rêve.
Reste que le pas est énorme entre l'envie de partir seule et la réservation d'un premier voyage. Ses conversations avec les femmes de son entourage le lui ont appris.
« Beaucoup de femmes de ma génération ont de grands rêves de voyage, mais n'iraient même pas souper seules au restaurant, encore moins prendre l'avion pour un pays qu'elles ne connaissent pas. Ça me semble aberrant. »
Chez elle, partir seule n'a rien eu d'un geste d'affirmation.
« Je suis assez indépendante, alors ça s'est fait naturellement. Je suis toujours allée au cinéma seule, au théâtre seule, et je mange souvent seule au restaurant. J'aime observer les gens, en rencontrer de nouveaux, et j'aime aussi rester seule avec un livre ou une belle vue. »
Ce qui a changé avec l'âge, ce n'est pas son aisance à être seule. C'est sa patience.
« J'étais tannée d'attendre que quelqu'un veuille bien m'accompagner ou qu'on m'invite sur un voyage de presse à tel endroit. Je me suis mise à chercher des occasions. »
Cette détermination l'a menée récemment à Monaco, en tête de sa liste depuis longtemps.
L'obstacle n'est pas forcément l'argent
C'est la question, faussement simple, qui traverse son nouveau livre numérique, How Women Can Get Started in Solo Travel, offert en anglais seulement.
Des femmes ont passé des décennies à bâtir une carrière, élever des enfants, s'occuper de leurs parents, faire une place aux besoins des autres dans chaque journée. Pour elles, décider de partir seule quelque part ne se règle pas en achetant un billet d'avion.
« Se mettre soi-même en priorité, avant tout le monde, et faire ce dont on a envie. C'est difficile pour une femme, surtout si des enfants, des petits-enfants ou des parents vieillissants comptent sur elle. »
Buckworth croyait au départ que le coût freinerait les femmes plus que tout. L'écriture du livre lui a fait changer d'avis.
« Je pensais que le budget arriverait en tête, et bien sûr il compte beaucoup, mais la confiance en soi pèse tout aussi lourd. »
La cliente qui hésite n'a pas forcément besoin d'un forfait moins cher. Elle a besoin d'être rassurée: la destination lui convient, elle s'y sentira à l'aise, quelqu'un a pensé aux détails, elle aura un numéro à composer si les choses tournent mal.
Il suffit parfois qu'on lui dise qu'elle en est capable.
Là où le conseiller fait la différence
How Women Can Get Started in Solo Travel (Photo Credit: Kathy Buckworth)Aux femmes qui partent seules pour la première fois, Buckworth recommande vivement de passer par un conseiller en voyages.
« Le conseiller répond à beaucoup des inquiétudes de la voyageuse solo. Elle sait qu'elle réserve un voyage qui lui convient. Elle sait vers qui se tourner si rien ne se déroule comme prévu. La logistique est réglée au quart de tour, le budget est établi, l'itinéraire tient la route. »
Bien servir cette cliente demande toutefois plus que d'effacer le supplément pour occupation simple.
Le quartier de l'hôtel est-il agréable pour une femme qui marche seule? Quelles coutumes locales touchent les femmes? Le transport risque-t-il de l'obliger à se déplacer tard le soir? Quels voyagistes s'adressent aux voyageuses qui espèrent rencontrer d'autres femmes? Autant de questions à se poser.
Des détails en apparence anodins comptent aussi.
« Cette clientèle ne veut peut-être pas une chambre au rez-de-chaussée, ni l'autobus ou le train tard le soir pour rentrer à l'hôtel. Et il faudrait s'assurer que le personnel de la réception ne lance pas tout haut “C'est juste pour vous?” à l'arrivée. »
L'industrie, elle, a encore du chemin à faire.
« Je pose souvent des questions sur les plans de marketing et d'exploitation des destinations et des partenaires. La plupart n'ont aucune stratégie propre à ce groupe très payant, et je sais qu'ils y perdent. »
Autre erreur à éviter: traiter « les femmes de plus de 50 ans qui voyagent seules » comme un bloc.
« Il y a deux enjeux distincts: voyager seule en tant que femme, et avoir plus de 50 ans. L'écart d'aisance et de capacité entre ces deux groupes est immense. »
Commencer par un souper, pas par l'Afrique
Celle qui n'a jamais soupé seule n'a pas à faire de sa première escapade un périple de trois semaines en Afrique.
On commence par un souper. Puis par une destination pas trop loin. Et on construit à partir de là.
« J'essaie d'amener les femmes à faire ce premier pas, un souper par exemple, ou un court séjour à proximité. Un safari africain en solo, c'est intimidant; inutile de viser aussi haut au départ. »
Elle-même attend nettement moins qu'avant.
« J'ai 63 ans et je suis en forme. Je m'entraîne, je suis solide. Je peux faire des choses seule, mais j'ignore de quoi les 20 prochaines années auront l'air côté santé, alors j'y vais, tout simplement. »
Devant une cliente qui dit timidement « je pense que j'aimerais voyager seule », le conseiller tient peut-être là la vraie leçon du livre.
Ce n'est pas parce qu'elle part seule qu'elle veut tout démêler seule.
Elle a peut-être plus besoin de son conseiller que jamais.
Buckworth souhaite que les conseillers qui la liront en retiennent que c'est faisable.
« Qu'un conseiller professionnel peut les amener à la bonne destination, avec le bon programme, et que la voyageuse peut cocher toutes les cases du livre pour maximiser ses chances de vivre un voyage réussi. Idéalement, elles réserveront leur deuxième voyage en solo pendant le premier. »
Buckworth, elle, n'a pas fini.
Le Danemark, la Suède, le Luxembourg, la Croatie, la Pologne et la Finlande figurent toujours sur sa liste.
« Quelqu'un veut venir avec moi? Ah, laissez faire, j'y vais toute seule! »
Sujets de cet article à explorer