
par Kerry Medina
Dernière mise à jour: 3:25 PM ET, Wed September 16, 2026
L'industrie du voyage travaille depuis une dizaine d'années à s'attaquer au surtourisme. La question a éclaté au grand jour en 2017, lorsque des résidents de villes européennes congestionnées comme Venise et Barcelone sont descendus dans la rue pour manifester leur mécontentement. Depuis, plusieurs destinations et organismes touristiques ont mis en place des mesures pour renverser cette tendance. L'affluence massive de visiteurs risque de compromettre l'avenir même de certaines destinations touristiques, comme le souligne l'article de recherche « In Search of Solutions to Overtourism » (« À la recherche de solutions au surtourisme ») de l'École hôtelière de Lausanne.
De nouvelles initiatives cherchent donc à alléger la pression que ces volumes élevés de visiteurs exercent sur les ressources, les infrastructures locales, la gestion des déchets et les habitats naturels. Les gouvernements interviennent de plus en plus pour orienter ces changements. « C'est la grande prise de conscience qui doit s'opérer : les gouvernements doivent comprendre que le tourisme est un secteur qui a besoin d'être encadré », a affirmé Randy Durband, chef de la direction du Global Sustainable Tourism Council, lors d'une entrevue à l'émission télévisée états-unienne Squawk Box Asia.
Le moyen le plus direct de s'attaquer au problème demeure la limitation du nombre de visiteurs. C'est déjà le cas au Machu Picchu, au Pérou, où l'accès est plafonné à environ 2 500 personnes par jour. Hallstatt, en Autriche — un village classé au patrimoine mondial de l'UNESCO qui compte moins de 800 habitants — cherche pour sa part à obtenir l'aval provincial pour instaurer un plafond quotidien de 5 000 visiteurs sur réservation. Mais limiter le nombre de touristes n'est qu'une des façons de gérer la capacité d'accueil d'une destination. Pour renverser la tendance au surtourisme, les organismes gouvernementaux doivent aussi pouvoir compter sur l'appui et la participation de l'ensemble des acteurs de l'industrie touristique.
Sensibiliser la clientèle
Cela comprend les conseillers en voyages, qui ont une grande influence sur les choix de destination et de moment de voyage de leur clientèle. « C'est notre travail de sensibiliser nos clients à l'importance de choisir des hébergements de propriété locale et des circuits guidés par des résidents, et de leur proposer des options qui appuient ce modèle », a expliqué Nicole Anderson, conseillère en voyages chez Adventuresome Nicole.
Mettre sur pied des campagnes de sensibilisation et de mobilisation figure d'ailleurs parmi les stratégies proposées dans l'article du Forum économique mondial « What is Overtourism and How Can We Overcome It? » (« Qu'est-ce que le surtourisme et comment le surmonter? »). Les conseillers en voyages peuvent expliquer à leur clientèle comment le surtourisme risque d'affecter leur expérience de voyage. Ils peuvent aussi les informer des nouvelles taxes d'hébergement imposées dans des destinations comme Amsterdam et Hawaï, ou des nouveaux frais d'entrée exigés à Bali et à Venise. Les conseillers peuvent également orienter leur clientèle vers des périodes moins achalandées, où l'expérience se vit plus aisément, loin de la foule.
Une nouvelle façon d'aborder les destinations populaires
Jerrol Golden, conseillère en voyages chez Golden Travel Co., une affiliée indépendante du Santa Barbara Travel Bureau, a récemment accompagné une cliente qui souhaitait visiter le Mont-Saint-Michel, en France. Elle lui a conseillé d'y passer la nuit afin de profiter du calme du soir et des premières heures du matin, avant l'arrivée des autobus de tourisme. « Elle a pu vivre la magie de ce lieu extraordinaire sans la foule du jour, puis poursuivre son chemin », a expliqué Golden.
L'industrie reconnaît aussi que rediriger les visiteurs vers les destinations populaires en basse saison peut s'avérer un outil efficace pour atténuer le surtourisme, tout en générant des retombées économiques pour les communautés locales. Cruise Europe, un réseau commercial regroupant des ports et des destinations du nord de l'Europe et de la côte atlantique, fait la promotion d'itinéraires hors saison pour réduire l'achalandage aux périodes de pointe. « Même le moment de l'année où voyage la clientèle peut faire une énorme différence sur le plan du surtourisme », a noté Anderson. « Hors saison, il y a moins de monde, et les clients peuvent vivre une expérience plus authentique et moins bondée. »
La clientèle qui souhaite visiter des destinations très courues en haute saison peut tout de même réduire son empreinte en explorant les quartiers situés hors des zones touristiques principales. Un séjour à New York, par exemple, pourrait inclure une journée consacrée aux maisons en grès brun de Brooklyn. « Il faut aussi se rappeler que ce ne sont pas seulement les destinations qui peuvent sortir des sentiers battus, mais aussi les expériences », a ajouté Anderson.
Durabilité et surtourisme
Le surtourisme entraîne évidemment son lot d'enjeux liés à la durabilité. Pourtant, selon l'article de la société de recherche états-unienne Phocuswright « Do Travelers Connect Overtourism and Sustainability? » (« Les voyageurs font-ils le lien entre surtourisme et durabilité? »), seulement 13 à 21 pour cent des voyageurs, selon les marchés, comprennent que le voyage durable implique aussi de visiter des destinations moins courues ou hors des sentiers battus. La plupart des voyageurs saisissent néanmoins assez facilement le lien entre surtourisme et durabilité, grâce à des décennies de messages publics sur des gestes du quotidien comme le recyclage et la réduction des déchets plastiques. Il leur suffit d'un petit coup de pouce au moment de planifier et de réserver leur voyage.
Le voyage durable englobe un large éventail d'initiatives et d'actions. Pour déterminer quels aspects toucheront le plus une cliente ou un groupe de clients en particulier, on peut consulter cet article de TravelPulse sur le voyage porteur de sens, ou celui de l'organisme à but non lucratif Sustainable Travel International, « Striking a Balance: Overtourism Solutions that Embrace Regenerative Travel and Reduce Tourism's Burden » (« Trouver un équilibre : des solutions au surtourisme misant sur le voyage régénérateur pour alléger le fardeau du tourisme »).
L'influence des réseaux sociaux
Cela dit, toute la clientèle n'a pas besoin d'être incitée à emprunter les chemins moins fréquentés. Celles et ceux dont le passeport porte déjà de nombreux tampons sont des candidats naturels pour des expériences hors des sentiers battus. Il en va de même pour les grands utilisateurs des réseaux sociaux, en particulier les voyageurs de la génération Y et de la génération Z. L'article de l'École hôtelière de Lausanne cité plus haut indique que 75 pour cent des voyageurs choisissent leur destination en s'inspirant des réseaux sociaux. Ce phénomène a accentué le surtourisme dans des destinations emblématiques et attiré une foule de visiteurs vers des destinations plus récentes comme la Croatie. Il a toutefois aussi produit l'effet inverse. Plus tôt cette année, le magazine états-unien Fast Company y consacrait un article entier, « Gen Z Travelers Want Destinations That Haven't Been Spoiled by Instagram » (« Les voyageurs de la génération Z veulent des destinations qu'Instagram n'a pas gâchées »). Ces deux générations, de plus en plus tributaires de la technologie pour trouver l'inspiration, sont aussi à la recherche de destinations méconnues où elles espèrent faire œuvre de pionnières, si bien que le mot-clic #hiddengems a vu sa popularité bondir de près de 50 pour cent.
Denise Mackey, cofondatrice de LLocalz, une agence de voyages spécialisée dans les destinations européennes, tire déjà profit de cette tendance avec sa série hebdomadaire « Places We'd Send Our Friends » (« Des endroits où nous enverrions nos amis »). Elle décrit cette série comme une façon d'ouvrir les yeux des voyageurs sur d'autres lieux, destinations et expériences moins connus, mais qui pourraient bien leur plaire énormément. « L'une de nos spécialités, chez LLocalz, c'est justement d'aider les voyageurs à découvrir des endroits un peu plus hors des sentiers battus, qu'ils n'auraient jamais trouvés par eux-mêmes », a-t-elle ajouté.
Offrir une valeur ajoutée à la clientèle
L'équipe de LLocalz est basée aux États-Unis, mais tous ses membres sont nés en Europe. Ainsi, lorsqu'ils recommandent des destinations autrichiennes comme solution de rechange à Hallstatt, ou des trésors cachés du sud de l'Allemagne comme le lac de Constance — à la frontière de l'Autriche, de la France et de la Suisse — leurs conseils s'appuient entièrement sur une expérience vécue. Cette connaissance intime des lieux rehausse leur valeur aux yeux de la clientèle : plusieurs voyageurs reviennent de ces escapades méconnues en remerciant l'équipe de LLocalz de leur avoir fait découvrir un endroit spécial qu'ils n'auraient jamais trouvé par une simple recherche en ligne.
Les conseillers en voyages qui n'ont pas grandi à l'étranger peuvent tout de même offrir cette même valeur à leur clientèle. Les voyagistes ajoutent de plus en plus de circuits fortement ancrés dans le milieu local à leur offre. « S'associer à des fournisseurs bien implantés sur le terrain aide vraiment la clientèle à comprendre que chaque destination sera véritablement différente », a affirmé Anderson. « Les hébergements peuvent avoir un aspect différent de ce à quoi on s'attend, et avoir un guide local facilite grandement la compréhension des nuances culturelles et le sentiment de confort des clients. »
Depuis près de dix ans, Intrepid Travel va à contre-courant des tendances de l'industrie. Plutôt que de prévoir quelles seront les destinations les plus populaires de l'année à venir, l'entreprise propose sa propre sélection de dix destinations moins connues, mais prêtes à accueillir des touristes. La dernière liste comprend Whitehorse, au Yukon, Dili, au Timor-Leste, Mestia, en Géorgie, Alonnisos, en Grèce, et le sentier Pekoe, au Sri Lanka — un mélange de solutions de rechange aux destinations vedettes et de lieux méconnus, mais prêts à recevoir des visiteurs.
« Cette liste vise à mettre en lumière des destinations qui ont vraiment quelque chose de spécial à offrir, qui sont prêtes à accueillir davantage de voyageurs et qui peuvent tirer profit du tourisme », a expliqué Leigh Barnes, président des Amériques chez Intrepid Travel et président du conseil de la Fondation Intrepid.
Les destinations retenues devaient répondre à trois critères : être moins fréquentées que des destinations comparables, disposer d'infrastructures déjà en place pour soutenir une croissance du tourisme, et voir ces infrastructures continuer de se développer. La liste a été établie avec l'aide d'experts d'Intrepid présents dans 36 pays, d'offices de tourisme, d'experts locaux et du prévisionniste de tendances Globetrender.
Barnes tient toutefois à préciser que cette liste ne constitue pas un simple catalogue de nouveaux circuits Intrepid. Bien que cinq nouveaux voyages y soient associés, l'objectif premier, dit-il, est de changer la conversation sur les destinations de voyage et sur ce que signifie voyager de façon responsable.
La logistique a également pesé dans le choix des destinations. Whitehorse offre déjà de l'hébergement et un accès aérien, avec un réseau de vols en expansion. Mestia, en Géorgie, bénéficie d'investissements croissants dans son aéroport, ses routes et ses sentiers, tandis que le sentier Pekoe, au Sri Lanka, voit aussi sa capacité aérienne s'accroître à mesure que son réseau d'hôtes locaux se développe. « Notre travail, comme celui des conseillers, consiste à éliminer les tracas logistiques liés à la planification de ces voyages », a ajouté Barnes.
La bonne nouvelle, c'est que la demande est déjà au rendez-vous. Selon un sondage mené en 2026 par la société de recherche états-unienne Wakefield Research en collaboration avec Intrepid Travel, 57 pour cent des voyageurs interrogés ont dit vouloir sortir des sentiers battus, et 92 pour cent se sont dits prêts à modifier leurs habitudes de voyage pour aider à réduire le surtourisme.
Les destinations moins renommées donnent aussi souvent lieu à des voyages particulièrement mémorables. Anderson a récemment envoyé des clients en Grèce avec Intrepid Travel. Bien que l'itinéraire comprenne quelques destinations phares, le moment fort du voyage, pour eux, a été une activité d'apiculture et de dégustation de miel guidée par des résidents à Itea, une destination peu connue. « Il y a beaucoup à dire sur les fournisseurs spécialisés dans les destinations hors des sentiers battus, qui disposent de guides locaux capables de répondre à des questions que je ne peux pas toujours traiter aussi bien qu'eux », a-t-elle ajouté.
Cela ne signifie pas pour autant que l'offre d'Intrepid se limite aux destinations moins explorées. En mai, l'entreprise a lancé les Uncommon Day Trips à Barcelone, à Venise et à Paris, une série d'expériences situées hors des principaux pôles touristiques de ces villes. Consciente que ces destinations emblématiques continueront toujours d'attirer les voyageurs, Intrepid a conçu ces circuits pour mieux répartir les visiteurs et leurs dépenses. « Le voyage responsable, ce n'est pas nécessairement dire aux gens qu'ils ne peuvent pas visiter les lieux dont ils rêvent depuis toujours », a expliqué Barnes. « C'est plutôt concevoir une meilleure façon de vivre l'expérience. »
Pour que les solutions de voyage responsable trouvent véritablement écho auprès des voyageurs, l'accompagnement demeure souvent essentiel. Pour les conseillers en voyages, cela représente une réelle occasion d'affaires. Barnes définit la vraie valeur d'un conseiller comme sa capacité à connaître l'excellente solution de rechange au voyage évident. « On peut ainsi résoudre un problème pour les destinations, tout en offrant à sa clientèle une bien meilleure histoire à raconter à son retour », a-t-il conclu.
À mesure que le secteur du tourisme dépasse la simple question des volumes de visiteurs pour tenir compte aussi des besoins et des préférences des résidents locaux, des partenaires avant-gardistes comme Intrepid Travel peuvent aider les conseillers à s'adapter rapidement à ce paysage en évolution. « Le surtourisme ne disparaîtra pas », a reconnu Barnes. « Le voyage va continuer de croître, alors l'industrie doit mieux apprendre à gérer cette croissance. »
Pour en savoir plus sur les destinations qui composent la liste 2027 des destinations à surveiller d'Intrepid Travel, consultez le site de l'entreprise. Il est aussi possible de s'abonner à l'infolettre d'Intrepid destinée spécifiquement aux conseillers.
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