Selon Le Monde, plusieurs hauts lieux culturels français – le Louvre, Versailles, la Sainte-Chapelle, l’Opéra de Paris et le château de Chambord – appliqueront dès janvier 2026 une tarification différenciée pour les visiteurs originaires de pays hors Europe. L’objectif annoncé consiste à capter une partie des dépenses des touristes internationaux, réputés moins sensibles aux hausses de prix.
Le New York Times rapporte que le conseil d’administration du Louvre a approuvé le 27 novembre une hausse de 45 % pour les visiteurs hors Espace économique européen. Dès le 14 janvier, ces derniers paieront 52 $ au lieu de 36 $, une mesure destinée à générer environ 32,5 millions de dollars par année. Cette décision s’inscrit dans le plan « Louvre — Nouvelle Renaissance », dont le coût total s’élève à 1,8 milliard de dollars selon la Cour des comptes. Le projet prévoit notamment le déplacement de La Joconde vers un nouvel espace, la rénovation de centaines de salles et le renforcement de la sécurité après le vol de bijoux évalués à 140 millions de dollars en octobre.
La tarification différenciée avait été évoquée il y a plus d’un an par Rachida Dati, ministre de la Culture, dans une entrevue au Figaro. « Est-il normal, par exemple, qu’un visiteur français paie le même prix d’entrée au Louvre qu’un visiteur brésilien ou chinois ? » avait-elle demandé. « On ne peut pas demander aux Français de tout payer seuls. »
Selon les chiffres du musée, environ 77 % des 8,7 millions de visiteurs enregistrés en 2024 étaient d’origine étrangère, dont une forte proportion d’États-Uniens, de Chinois et d’autres Européens.
La mesure suscite une opposition syndicale marquée. Le New York Times souligne que la section du Louvre du syndicat CFDT-Culture a qualifié la décision de « choquante » et « absurde », ajoutant qu’elle crée « une situation absurde et injuste dans laquelle, par exemple, des personnes du Moyen-Orient paieront un prix plus élevé pour accéder à des œuvres fondatrices et symboliques de leur propre culture ». Le syndicat y voit une décision que « le public visé percevra comme une discrimination ». La CGT évoque pour sa part une « marchandisation de la culture » et refuse que les visiteurs étrangers soient appelés à « effacer » les problèmes du musée.
Émilie Girard, présidente de la section française du Conseil international des musées, estime que les musées français se trouvent « à la croisée des chemins » en raison de la hausse des coûts, contraints de choisir entre augmenter les prix ou réduire les heures d’ouverture.
À Versailles, les visiteurs extra-européens paieront 57 $ en haute saison, contre 52 $ pour les Européens, et 41 $ en basse saison. Les groupes seront facturés 41 $ par personne, quelle que soit leur provenance. Le domaine prévoit ainsi environ 15 millions de dollars de revenus supplémentaires.
Le site mettra aussi en place des billets légèrement réduits pour les Européens lors des périodes de moindre affluence. Pierre-Emmanuel Lecerf, administrateur général de l’établissement, explique : « Nous profitons de la mesure tarifaire pour gagner en attractivité dans les périodes de fréquentation plus creuses, à savoir en basse saison [novembre-mars] et en fin de journée, car contrairement aux autres musées, nous avons un phénomène de saisonnalité lié au jardin. »
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