Qu’on y arrive par bateau ou par la gare Santa Lucia, la première vision de Venise reste à jamais gravée dans la mémoire d’un voyageur. Dès les premiers instants, ses canaux, ses ruelles et ses cours intérieures nous transportent ailleurs. Et après quelques détours imprévus dans son labyrinthe pavé, au son de l’eau qui clapote, il y a de fortes chances qu’on y soit déjà attaché.
Mais ces dernières années, Venise ne porte plus aussi bien son surnom de La Serenissima. La ville a vu affluer des foules de visiteurs d’un jour, avides de cocher quelques sites emblématiques avant de repartir aussi vite qu’ils sont venus.
En 2024, la municipalité a décidé de réagir en introduisant un droit d’accès de 5 euros (environ 7,70 $) pour les visiteurs d’un jour, en vigueur pendant 29 journées de pointe. Le tarif s’appliquait uniquement entre 8 h 30 et 16 h. Les visiteurs de passage devaient s’enregistrer en ligne et présenter un code QR à l’un des points d’entrée de la ville. Les personnes séjournant au moins une nuit à Venise ainsi que les résidents, étudiants et travailleurs étaient exemptés.
Cette décision faisait suite à des années de pression exercée par des groupes locaux et des organismes internationaux, notamment l’UNESCO, qui avait menacé en 2023 d’inscrire Venise sur la liste du patrimoine mondial en péril. L’organisation évoquait des changements irréversibles liés aux effets conjugués des changements climatiques et du surtourisme.
Malgré l’interdiction des grands navires de croisière dès 2021, la situation demeurait critique. Le droit d’entrée visait donc à mieux contrôler l’achalandage, à favoriser les séjours prolongés et à générer des fonds pour la préservation de la ville. En un an, le système aurait permis de récolter plus de 2 millions d’euros (environ 3,1 millions de dollars).
Cependant, plusieurs critiques persistent. Les foules atteignent encore les 70 000 visiteurs quotidiens, et des résidents estiment que le tarif reste trop bas pour modifier les comportements. D’autres craignent que Venise ne devienne un simple parc à thème ou doutent de l’impact réel de la mesure sur les enjeux de logement et de qualité de vie.
En 2025, le programme a été élargi : le tarif passe à 10 euros (15,40 $) pour les réservations de dernière minute, et le calendrier s’étend désormais sur 54 journées, du 18 avril au 27 juillet. D’autres mesures ont été mises en place, comme la limitation des groupes touristiques à 25 personnes et l’interdiction des haut-parleurs.
Selon le Bureau du tourisme durable de Venise, ce projet constitue une première mondiale. Il s’agit d’un outil d’analyse des flux touristiques, mis en œuvre en conformité avec le droit administratif, et destiné à favoriser un tourisme de qualité, respectueux du tissu social local.
Enfin, certains experts affirment que la solution réside surtout dans le ralentissement : prendre le temps de séjourner, de se perdre, de découvrir les quartiers moins fréquentés et de savourer la ville autrement qu’en rafale.
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