
par Bert Archer
Dernière mise à jour: 11:05 AM ET, Mon March 3, 2025
La splendeur architecturale de Venise, en Italie, est depuis quelques années l’exemple par excellence du surtourisme. La ville a tiré la sonnette d’alarme bien avant d’autres destinations européennes, faisant la manchette mondiale en 2021 avec son interdiction des navires de croisière géants dans son centre historique, puis plus récemment avec sa nouvelle taxe visant à dissuader les visiteurs d’un jour en haute saison touristique.
Avec ces mesures anti-surtourisme, plusieurs voyageurs se demandent si Venise en vaut toujours la peine et à quel prix. Voyons ce qu’il en coûte vraiment pour visiter la Sérénissime.
Pourquoi Venise est-elle victime du surtourisme?
Avant d’entrer dans les détails, il faut comprendre pourquoi les Vénitiens dénoncent depuis des années le modèle touristique de leur ville, et pourquoi tant d’entre eux quittent tout simplement Venise.
D’abord, il est facile de comprendre pourquoi les voyageurs du monde entier veulent visiter la cité des Doges : c’est une ville unique, littéralement construite sur l’eau. Un chef-d’œuvre architectural classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, avec une histoire fascinante d’ancienne puissance économique.
Mais avec une telle popularité viennent des vagues de touristes qui envahissent la ville bien plus que ses inondations saisonnières. Selon Statista, Venise est la deuxième ville d’Europe ayant le plus de touristes par habitant : pour chaque résident, on compte 21 visiteurs.
La crise du logement y est exacerbée par la multiplication des locations à court terme, ce qui fait grimper les prix et réduit l’inventaire disponible pour les Vénitiens. Résultat? Beaucoup d’habitants quittent la ville.
« Une idée fausse répandue est que le surtourisme se limite à la surpopulation, mais ce n’est pas le cas. La surpopulation est un problème saisonnier, alors que le surtourisme est un enjeu beaucoup plus large », explique Brandon Shaw, cofondateur et chef des opérations de The Tour Guy.
« Les habitants ne s’inquiètent pas des files d’attente dans les musées ou des rues bondées en juillet et août. Ce qui les préoccupe, c’est qu’ils n’arrivent plus à se loger, parce que des étrangers achètent tous les appartements pour les transformer en locations touristiques. »
En 2023, moins de 50 000 habitants vivaient toujours dans le centre historique de Venise, envahi par les Airbnb et autres locations de courte durée. La ville entière, incluant la partie continentale, compte environ 257 000 habitants, selon World Population Review.
Rappelons le ratio : avec 21 touristes pour chaque résident, cela signifie que plus d’un million de visiteurs se retrouvent à certains moments dans le centre historique. Et si l’on applique ce ratio à la ville entière, cela donne 5,4 millions de visiteurs. World Population Review estime qu’en 2024, environ 20 millions de voyageurs ont visité Venise.
Devant une telle pression, les résidents restants manifestent pour obtenir des changements.
Une taxe sur les visiteurs d’un jour
L’une des récentes mesures du gouvernement vénitien pour lutter contre le surtourisme est la taxe pour visiteurs d’un jour, qui sera en vigueur en 2025. Elle s’appliquera lors des journées de forte affluence, soit tous les vendredis, samedis et dimanches, ainsi que pendant les grandes fêtes et événements, pour un total de 54 jours.
Ceux qui réservent leur visite à la dernière minute – dans les quatre jours précédant leur arrivée – devront payer le double du tarif de base de 7,25 $ pour un total de 14,50 $.
Si cette taxe ne freine pas encore le flot de touristes, elle permet néanmoins de générer des revenus supplémentaires, qui serviront, selon les autorités, à entretenir la ville et à préserver son architecture fragile.
Le surtourisme nuit aussi à l’expérience des visiteurs : trop de monde entraîne de la pollution, des files d’attente interminables et une impression de foule constante qui gâche le séjour.
Comment visiter Venise de manière responsable?
Maintenant que nous comprenons mieux les enjeux, comment peut-on visiter Venise tout en réduisant son impact négatif?
D’abord, la taxe pour visiteurs d’un jour s’applique uniquement à ceux qui ne passent pas la nuit à Venise pendant les jours de forte affluence. Certes, 7,25 $ à 14,50 $ ne sont pas des montants prohibitifs, mais visiter la ville sur une seule journée et en pleine haute saison risque d’offrir une expérience décevante.
Mieux vaut planifier son voyage à l’avance et visiter Venise hors saison, lorsque la ville est plus calme.
« Perillo ne fait jamais visiter Venise à ses clients la fin de semaine, quand les foules sont à leur maximum, et encourage les voyageurs à privilégier les mois de mai et septembre », explique Steve Perillo, président et propriétaire de Perillo Tours, spécialiste des voyages en Italie.
Autre recommandation : éviter les locations à court terme et privilégier un hôtel indépendant, ce qui permet de soutenir l’économie locale sans contribuer à la crise du logement.
« Je recommande de visiter Venise à la fin avril, début mai, ou encore en septembre ou octobre », affirme Sandi Freeman, agente de voyages chez Let’s Go Lux Travel et habituée de Venise.
« Il y aura moins de monde qu’en été, et il fera moins chaud. Je conseille aussi de rester au moins trois jours pour avoir le temps d’explorer les îles voisines, comme Burano, réputée pour sa dentelle, et Murano, célèbre pour son verre soufflé. »
Enfin, il faut tenir compte de l’Année sainte 2025. Le Jubilé, célébré par le Vatican, attirera des millions de pèlerins en Italie, ce qui entraînera une hausse des prix des hôtels et une disponibilité réduite.
« L’Italie célèbre son Jubilé cette année, et on s’attend à une affluence record », prévient Steve Perillo.
« Venise sera moins touchée que Rome, mais de nombreux voyageurs l’intègrent dans leur circuit. Ceux qui veulent s’assurer une bonne expérience devraient faire affaire avec un voyagiste qui a déjà négocié les tarifs d’hôtel, de restaurants et d’attractions depuis plusieurs années. »
Venise est un endroit extraordinaire, et c’est précisément pourquoi elle est aussi populaire. Mais elle mérite aussi d’être protégée, pour ses habitants et pour les générations futures.
Alors, la prochaine fois que nous envisageons de visiter une destination prisée, demandons-nous quel est son véritable coût, et comment nous pouvons y laisser un impact plus positif.
Sujets de cet article à explorer