La diffusion d'une allocution presque entièrement en anglais du président-directeur général d'Air Canada, Michael Rousseau, en marge de l'accident du vol AC8646 à New York, a déclenché une avalanche de plaintes contre la compagnie, rapporte François Carabin au Devoir.
Selon des données transmises au Devoir, l'Office québécois de la langue française (OQLF) avait reçu 183 plaintes contre Air Canada au total en date de jeudi.
Dans son message de condoléances aux familles des victimes, parmi lesquelles figure un pilote québécois francophone, Rousseau ne prononce que deux mots en français : « bonjour » en ouverture et « merci » en conclusion.
Pourtant, en mars 2023, Air Canada s'était engagée auprès de l'OQLF à « généraliser l'usage du français à tous les niveaux de l'entreprise, de manière que les travailleurs et les travailleuses du Québec puissent travailler en français et que la clientèle puisse obtenir des services en français au Québec », a rappelé le porte-parole de l'office, François Laberge.
La compagnie, dont le siège social est à Montréal, s'était inscrite au programme avec plusieurs mois de retard, à l'instar du Canadien National. La loi 96, adoptée en 2022, soumet les entreprises de compétence fédérale comptant 50 employés ou plus aux exigences de francisation de la Charte de la langue française.
L'OQLF n'est pas le seul organisme débordé : le Commissariat aux langues officielles du Canada a pour sa part reçu plus de 1 500 plaintes depuis lundi.
Sur le plan politique, tous les partis représentés à l'Assemblée nationale ont réclamé jeudi la démission de Rousseau par voie de motion, et le premier ministre canadien Mark Carney s'était dit « très déçu » du message unilingue dès mercredi.
En réponse, il a publié des excuses dans lesquelles on peut lire : « Je suis profondément attristé que mon incapacité à parler français ait détourné l'attention de la profonde douleur des familles et de la grande résilience des employés d'Air Canada, qui ont fait preuve d'un professionnalisme remarquable malgré les événements des derniers jours. Malgré de nombreuses leçons au fil des années, je demeure malheureusement incapable de m'exprimer adéquatement en français. Je m'en excuse sincèrement, mais je poursuis mes efforts pour m'améliorer. »
Rousseau avait également été convoqué devant le comité permanent en 2021, après avoir prononcé un discours de 26 minutes devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain dont à peine une vingtaine de secondes était en français. Le Commissariat aux langues officielles avait alors reçu plus de 2 600 plaintes.
À l'époque, la vice-première ministre d'alors, Chrystia Freeland, avait écrit au conseil d'administration d'Air Canada pour exiger que « son PDG améliore son français et que sa connaissance de la langue soit intégrée à son évaluation de rendement annuelle ».
Elle avait également demandé que la maîtrise du français « devienne un critère important pour l'obtention de promotions au sein de la compagnie », celle-ci étant assujettie à la Loi sur les langues officielles.
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Avec la collaboration de Jen Mallia
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