Reuters a publié un reportage fouillé sur le Tren Maya, le train touristique phare du Mexique, signé par les journalistes Daniel Becerril et Cassandra Garrison — et le portrait est accablant.
Inauguré il y a deux ans, le projet a vu son budget exploser de 9,6 milliards à plus de 34 milliards de dollars. Les recettes de billetterie ne couvraient l'an dernier que 13 % des coûts d'exploitation, et les six hôtels construits le long du parcours tournaient à des taux d'occupation mensuels entre 5 % et 24 % pour la majeure partie de l'année.
Sur le terrain, les communautés riveraines disent n'avoir reçu que des miettes. Dans le village de Vida y Esperanza, au Quintana Roo, des lignes à haute tension destinées au train surplombent les maisons, mais les habitants dépendent toujours de panneaux solaires loués et de génératrices. L'école primaire du village, à deux pas du dépôt ferroviaire, n'a toujours pas accès au réseau électrique.
À Xpujil, dans l'État de Campeche, l'inauguration en fanfare d'un aqueduc par l'ancien président López Obrador en janvier 2024 n'a rien changé à la réalité quotidienne : les robinets restent secs. Nicolas Moreno Jimenez, apiculteur de 50 ans, doit chaque semaine faire venir de l'eau d'une autre communauté. Pour lui, les promesses de l'ex-président n'étaient que des mots.
Pour les communautés mayas, le bilan est particulièrement douloureux. Les contestations juridiques ont toutes échoué, le gouvernement ayant fait avancer le projet sous couvert d'exemptions pour raisons de sécurité nationale. Eliseo Ek, militant autochtone de 45 ans, dit se sentir trahi : les siens n'ont pas été consultés, leurs terres ancestrales ont été traversées sans leur consentement.
La présidente Claudia Sheinbaum a défendu le projet, soutenant qu'il contribue au développement régional, tout en admettant que les résultats ne se font pas sentir immédiatement.
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