Est-il éthique pour les destinations de convaincre les résidents des bienfaits du tourisme?

Image: Des hôtels bordent la plage à Palma, à Majorque (Photo Credit: Janeen Christoff)
Image: Des hôtels bordent la plage à Palma, à Majorque (Photo Credit: Janeen Christoff)
Lacey Pfalz
par Lacey Pfalz
Dernière mise à jour: 12:05 PM ET, Tue May 20, 2025
Bert Archer
traduit par Bert Archer

L’été dernier, plus de 50 000 résidents de l’île espagnole de Majorque sont descendus dans les rues de Palma, la plus grande ville de l’île, pour manifester contre le surtourisme. On pouvait lire sur leurs pancartes des messages comme « Touristes, on vous aime… quand vous n’achetez pas nos terres » ou encore « Votre paradis est notre cauchemar ».

Les manifestants réclamaient la protection des ressources naturelles et culturelles de l’île, un meilleur accès au logement, ainsi qu’un modèle touristique plus équilibré, qui permettrait à la population locale de profiter véritablement des retombées économiques des millions de visiteurs accueillis chaque année.

En 2024, un record de 13 millions de touristes ont visité Majorque. L’Espagne au complet a franchi un sommet historique avec 94 millions de visiteurs. L’île, qui compte moins d’un million d’habitants, est à bout de souffle. Des manifestations similaires ont eu lieu dans d’autres villes espagnoles comme Barcelone, pour les mêmes raisons.

Cette année, l’office du tourisme de Palma ne cherche pas à attirer plus de visiteurs. Sa nouvelle campagne vise plutôt à modifier la perception des résidents.

Selon l’office, l’objectif est d’encourager un sentiment de fierté envers l’industrie touristique de la ville et de renforcer l’intégration de cette activité dans la vie locale. L’initiative propose aux résidents des accès gratuits à des dégustations, des expositions et d’autres activités culturelles.

Mais on peut se demander : est-ce vraiment une bonne idée — ou même une idée éthique — d’investir de l’argent public pour convaincre les citoyens que leurs problèmes n’en sont pas, au lieu de transformer en profondeur le modèle touristique ? Le manque de logements abordables, en partie causé par la prolifération de locations à court terme, n’est pas une impression. C’est une réalité.

Ce type de campagne ne résoudra rien de fondamental. Et même si les grandes manifestations de l’an dernier ne se reproduisent pas, les problèmes, eux, demeurent.

Les destinations populaires doivent revoir entièrement la manière dont elles gèrent le tourisme. Le développement devrait d’abord profiter à celles et ceux qui y vivent, y travaillent et y élèvent leurs enfants. Les revenus du tourisme doivent servir à préserver ce qui fait l’intérêt même de ces lieux.

À mon avis, les fonds publics ne devraient pas servir à convaincre les gens que tout va bien. Ils devraient plutôt permettre aux élus d’agir en fonction de ce que demandent les citoyens.

Les résidents ne demandent pas la lune — seulement qu’on ne les ignore pas lorsque le monde entier vient chez eux, et qu’on ne les écarte pas des bénéfices.

Depuis des années, on fonctionne sur une logique de croissance continue : plus de touristes, plus de revenus, plus de projets, plus d’hôtels, année après année.

Mais en médecine, une croissance exponentielle, ça porte un autre nom : un cancer.

Lancer une campagne de communication, c’est comme poser un pansement sur une tumeur. Et si un médecin vous donne un pansement contre un cancer… ce n’est tout simplement pas éthique.

Il faut transformer notre manière de concevoir le tourisme, pour qu’il puisse continuer à exister — et pour que les communautés touristiques puissent continuer à vivre — dans les années à venir. Il faut plus que des intentions. Il faut des plans concrets, des mesures à mettre en œuvre.

Regardons le Groenland. Son gouvernement vient d’adopter un plan touristique sur dix ans, axé sur le bien-être de la population. Les revenus touristiques serviront à améliorer l’accès au logement et aux soins. L’un des principes fondamentaux du plan est limpide : le tourisme doit servir la population et le territoire — pas l’inverse.

Souhaitons que d’autres destinations s’inspirent de cette approche et trouvent de nouvelles façons de permettre aux habitants de s’épanouir grâce au tourisme, et non malgré lui.

Vous connaissez ma réponse. Il n’est pas éthique de tenter de convaincre des gens qui vivent des difficultés concrètes que tout va bien. Le tourisme peut être bénéfique — s’il est bien encadré. Sinon, il peut laisser des traces profondes.

Soyons de ceux qui proposent des solutions. Pas de ceux qui aggravent le problème.



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Lacey Pfalz

Lacey Pfalz

Associate Editor

Lacey Pfalz is Associate Editor at TravelPulse. She's a passionate advocate of responsible travel and believes the best travel experiences happen outside of a planned itinerary. Lacey currently lives in rural Wisconsin. She can be reached at [email protected].

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