J’ai vu des dauphins sur un écran grand comme une tablette, posé sur le comptoir du lobby du nouvel hôtel Zel by Meliá à Punta Cana, pendant que j’attendais mon transfert vers l’aéroport. Je les ai aperçus du coin de l’œil et, sans trop y penser, j’ai cru qu’il s’agissait d’une pub pour une excursion d’observation en mer.
Non.
C’était une pub pour Dolphin Island, une attraction
d’un autre âge, où l’on nage carrément avec les dauphins. Ce genre d’affaire qu’on pensait avoir rangé dans les archives du mauvais goût touristique, avec les spectacles de singes en veston et les photos avec des tigres sous sédatif.
Et pourtant, voilà que cette activité figure parmi celles qu’on peut réserver directement à la réception de ce tout nouvel hôtel,
à l’image léchée, au décor urbain-branché, en partenariat avec Rafael Nadal lui-même.
Difficile de croire qu’un tel produit se retrouve encore sur le marché en 2025. À moins, bien sûr, qu’on considère normal d’ignorer ce qu’on sait pertinemment depuis des années : que les dauphins en captivité, comme les éléphants de cirque, souffrent. On parle de détresse physique et psychologique documentée, causée par des interactions forcées, des espaces minuscules, et l’impossibilité d’adopter des comportements naturels.
Les circuits touristiques responsables ont retiré depuis longtemps les balades à dos d’éléphant de leurs itinéraires. Même chose pour les séances photo avec des lionceaux, etc. Bref, tout ce qui implique un rapport imposé entre humains et bêtes sauvages.
Et pourtant, ici, rien ne semble avoir changé.
Selon World Animal Protection :
« Les dauphins sont des animaux sauvages, et leur captivité — dans des bassins étroits ou des enclos marins dénués de tout — les condamne à une vie de souffrance. Les interactions rapprochées avec des touristes les exposent à un stress constant, nuisible à leur santé physique et mentale. »
Même son de cloche du côté de Humane Society International :
« Ces programmes semble inoffensifs, voire bénéfiques, mais ils créent d’importants problèmes de bien-être. Les dauphins y vivent dans un stress chronique et n’ont pas accès à leurs comportements naturels. »
Carlos Morrobel, un des gestionnaires du Zel, n’était pas au courant de la controverse entourant Dolphin Island. Il a mentionné qu’il s’agissait d’un partenariat de longue date, mais que la question serait réévaluée à la lumière des informations transmises.
Et chez Vacances Air Canada, qu’en pense-t-on ? À TravelPulse Québec, on a répondu ceci :
« Nous avons un engagement clair : ne pas distribuer ni promouvoir d’activités impliquant des dauphins en captivité. Cette position est au cœur de notre politique en matière de bien-être animal, et
nous communiquons cette position clairement à tous nos partenaires.
Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires pour assurer une cohérence avec ces valeurs dans les produits et expériences que nous mettons de l’avant conjointement. Il demeure toutefois important de préciser que nous n’exerçons aucun contrôle sur les activités ou messages qu’ils pourraient choisir de diffuser indépendamment par leurs propres canaux. »
Quand on leur a parlé de Meliá et de Zel en particulier, la porte-parole Sarah Medeiros a précisé :
« Nous avons fait part de notre position sur cette question à tous nos partenaires. Bien que nous ne puissions pas nous prononcer sur la réponse précise de Meliá, nous restons déterminés à favoriser la conformité, la transparence et les pratiques responsables dans toutes nos collaborations.
Notre priorité reste de veiller à ce que nos partenariats reflètent nos valeurs communes. »
Reste à voir si, et comment, les partenaires caribéens de Vacances Air Canada vont se mettre au diapason des standards qu’on dit respecter chez nous, y compris dans nos propres entreprises canadiennes.
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