
par Bert Archer
Dernière mise à jour: 8:05 AM ET, Sat March 15, 2025
Tout le monde veut avoir du fun accoté pendant les vacances.
On peut prendre une croisière, bien sûr. Ou un circuit, guidé ou non.
Mais pour moi, lorsqu’on se retrouve dans une ville méconnue, de taille modeste, c’est souvent sur la place publique que tout commence.
Évidemment, cela ne fonctionne pas dans les capitales touristiques comme Rome, Florence, Londres ou Paris. Ces grandes villes sont trop fréquentées, trop codifiées. Mais à Cracovie? Tashkent? Trèves? Même Dublin en hiver? C’est là qu’on peut véritablement pratiquer le ralentourisme. S’installer sur une bonne chaise au café, observer la foule depuis un banc, ou encore déambuler parmi les monuments et les massifs d’arbustes de Stephen’s Green. Dans ces lieux, on découvre la ville réelle, ses habitants, ses habitudes, et on finit, peu à peu, par saisir son génie propre.
J’écris en ce moment depuis la place centrale de Pristina, la capitale du Kosovo. Avant-hier, je ne savais presque rien de cet endroit. Le Kosovo, c’était pour moi une série de conflits dans les années 90, et pas grand-chose de plus.
Mon siège, au Corner Café (malgré les liens privilégiés entre l’Albanie, le Kosovo et la France, l’anglais domine ici, jusque dans l’affichage), est placé sous une grande affiche représentant un homme en plein mouvement : Ibrahim Rugova. J’ai mon téléphone, alors je fais mes recherches. Premier président du Kosovo, héros national, surnommé le Gandhi des Balkans. Décédé d’un cancer du poumon en 2006, funérailles suivies par un demi-million de personnes. Voilà mon premier apprentissage du jour, directement dicté par la place publique.
Je lève les yeux. Il est 14 h, un mardi, et la foule est dense. C’est aussi le Ramadan, mais les cafés sont pleins dans cette capitale où 93,5 % de la population est musulmane. Pourquoi? J’approfondis mes recherches. Le taux de chômage oscille entre 13 % et 25 %, mais grimpe jusqu’à 50 % chez les jeunes. Ça colle : presque tout le monde ici a moins de trente ans. C’est l’un des pays les plus pauvres d’Europe, mais il règne ici une ambiance vibrante, métropolitaine. La vie est bon marché, les cafés coûtent 1,50 €, une bouteille de Peja ou de Prishtina aussi. Et puis, j’apprends que la constitution du pays affirme sa laïcité. Bravo.
C’est ce que permettent ces espaces urbains lorsque nous, ou nos clients, voyageons. Cela ne fonctionne pas avec les villes surtouristiques, où l’afflux de visiteurs finit par chasser les résidents. Mais dans ces petites capitales comme Pristina, ou dans les villes secondaires et tertiaires — que ce soit en Europe, en Asie du Sud-Est, ou même à Montevideo ou Port-au-Prince (pas maintenant, mais un jour, on l’espère) —, la place publique reste un lieu d’apprentissage.
Bien sûr, ce n’est pas une règle absolue. À Tirana, la capitale albanaise voisine, la grande place est propre, ordonnée… et étrangement vide. Mais dans bien des cas, c’est une habitude de voyage à cultiver.
Avant de filer vers la côte, les montagnes ou votre villa VRBO, prenez une pause dans une place urbaine. Commandez un verre ou un café, accordez-vous une demi-heure. Laissez la ville venir à vous. Vous pourriez y découvrir bien plus que vous ne l’imaginez.
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