
par Bert Archer
Dernière mise à jour: 9:05 AM ET, Wed July 2, 2025
Un des travers des voyages dans les Caraïbes, pour nous autres Canadiens, c’est qu’on a tendance à zapper ce qui est vraiment local au profit du cliché paradisiaque.
C’est facile de passer à côté du spécifique quand le brouillard généralisé du « paradis » est aussi épais sur ces îles-là. Les plages, le climat, la flore, la faune. Et si on est dans un tout-inclus, on est doublement isolés de la vraie vie locale.
C’est justement pour ça que la Savane des esclaves est un lieu aussi remarquable.
Pensé, géré, et en grande partie construit par un seul homme, Gilbert Larose — qu’on appelle ici Ti Gilbé — le chantier a commencé en 2000, sur un terrain de trois hectares, et c’est en 2004 que le site a ouvert ses portes.

(Photo Credit: Bert Archer)
C’est en périphérie du village des Trois-Îlets, dans le sud-ouest de l’île. Y’a pas beaucoup de pancartes, alors le fait que ce soit un des quatre attraits touristiques les plus fréquentés de la Martinique, c’est en bonne partie grâce au bouche-à-oreille.
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Même si on parle ici de chiffres et de durées qui dépassent l’Holocauste, ce n’est pas un endroit plombant ni moralisateur. Ce qui est fascinant, c’est la façon dont on situe les Martiniquais d’aujourd’hui comme les descendants non seulement des esclaves, mais aussi des colons, de deux vagues de peuples autochtones, et des immigrants plus récents venus d’Inde, de Chine et du Moyen-Orient. Et ce qui frappe aussi, c’est que tout ça est raconté du point de vue de ces descendants-là et de leurs ancêtres. Une lecture de l’histoire centrée sur les Noirs, bien plus que ce à quoi on est habitués en Amérique du Nord, sauf peut-être dans certains départements universitaires ou au sous-sol du musée national de l’histoire afro-états-unienne à Washington DC, qui reste un des endroits les plus percutants que j’ai visités.
C’est surtout un site éducatif, et c’est très spécifiquement martiniquais. Les maisons — les cases — sont des reconstitutions fidèles des habitations dans lesquelles les esclaves vivaient en Martinique.

L’éducation ici ne vise pas que les visiteurs — quand j’y étais, une classe d’une école du coin profitait elle aussi du site (Photo Credit: Bert Archer)
J’ai mis quelques photos de panneaux particulièrement éloquents sur le compte Instagram de TravelPulse Québec (@travelpulse_qc), pour ceux qui veulent un aperçu.
Le détail qui m’a le plus scié, c’est qu’il y a eu des émeutes qui ont mené directement à l’abolition de l’esclavage, en mai 1848. La même année où des peuples entiers, un peu partout en Europe, se débarrassaient de leurs chaînes monarchiques et impérialistes. Bon, c’est pas du niveau de la révolution haïtienne, qui a carrément foutu dehors l’armée de Napoléon (dirigée par son beau-frère), mais quand même. Ces émeutes-là ont eu lieu après l’abolition officielle de l’esclavage dans les colonies françaises, en avril. Les nouvelles avaient fini par se rendre en Martinique, mais les esclaves craignaient que les colons locaux décident de s’en crisser. Alors, le 22 mai, y’a eu révolte. Le gouverneur a déclaré l’abolition le lendemain.
(Au passage : le mois de mai, c’est un excellent moment pour aller en Martinique. On y souligne non seulement cette révolte-là, mais aussi l’éruption du mont Pelée, le 8 mai 1902, qui a tué tous les habitants de Saint-Pierre — sauf un — soit 28 000 personnes. La même ville où avaient éclaté les émeutes, 54 ans plus tôt.)
Oui, il y a des plages, des beaux hôtels, et un très bon Club Med, en Martinique. Le poisson est bon partout. Et le rhum est presque exclusivement agricole — fait directement à partir de jus de canne à sucre, pas de mélasse — ce qui est loin d’être le cas dans le reste des Caraïbes (et du monde).
Les raisons de visiter cette île farouchement francophone ne manquent pas. Environ un million d’entre nous y va chaque année (la moitié en croisière). Mais seulement 10 000 s’arrêtent à la Savane des esclaves.
On peut sûrement faire mieux que ça, non ?
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