
par Mia Taylor
Dernière mise à jour: 7:05 AM ET, Thu July 2, 2026
La valeur du passeport états-unien a subi la dégringolade la plus marquée jamais observée depuis qu'on mesure la puissance des passeports.
Selon le plus récent classement de la firme Global Citizen Solutions (GCS), qui évalue les passeports de 199 pays en fonction de la mobilité, de l'attractivité économique et de la qualité de vie, le passeport états-unien est passé du premier rang mondial en matière de mobilité en 2021 au 12e rang en 2026.
Il s'agit de la chute la plus abrupte en cinq ans parmi les pays du G7, précise le rapport. Premier au monde durant la dernière décennie, le passeport états-unien glisse depuis sans interruption — une tendance préoccupante.
Le classement paraît d'ailleurs dans la foulée du dévoilement du nouveau passeport dit « patriote », orné d'une inquiétante image de Donald Trump trônant dans le Bureau ovale.
La mobilité explique l'essentiel de cette perte de valeur, souligne le rapport : à ce chapitre, le passeport états-unien est passé du 10e rang en 2021 au 41e en 2026, un recul saisissant de 31 places.
L'indice mondial des passeports (GPI) évalue la force d'un passeport selon trois grands critères : la mobilité, soit le nombre de pays accessibles sans visa préalable; l'attractivité économique, qui englobe la fiscalité, l'innovation et la compétitivité; et la qualité de vie, qui tient compte des soins de santé, de la sécurité, du climat et des infrastructures sociales.
La note composite issue de ces trois facteurs « rend compte non seulement des destinations accessibles aux détenteurs, mais de la pleine valeur du pays qui se porte garant de leur document », peut-on lire dans le rapport.
« Ce que l'indice mondial des passeports saisit, contrairement aux classements traditionnels, c'est le portrait complet de ce qu'un passeport procure réellement », affirme Patricia Casaburi, cheffe de la direction de Global Citizen Solutions.
« La mobilité compte énormément et pèse le plus lourd dans le calcul, à 50 %, mais les clients qui songent à une seconde citoyenneté s'interrogent aussi sur l'environnement d'investissement, les soins de santé, l'éducation de leurs enfants, et ainsi de suite. La structure à trois piliers du GPI existe parce que ces questions sont indissociables », ajoute-t-elle.
Le déclin marqué du passeport états-unien s'explique en partie par le rétablissement, en avril 2025, de l'obligation de visa imposée par le Brésil aux citoyens états-uniens, une mesure que Brasília a explicitement présentée comme une question de réciprocité, note le rapport.
« Si l'on retire les indicateurs économiques et d'investissement — où les États-Unis se maintiennent aux 3e et 4e rangs mondiaux —, le passeport états-unien se retrouve au 41e rang pour la mobilité brute, celle qui détermine où un citoyen peut voyager sans faire la file pour un visa », précise le rapport.
Les dix passeports les plus puissants au monde
Neuf des dix passeports les mieux classés en 2026 appartiennent à des pays européens. La Suède occupe le premier rang : ses citoyens détiennent le passeport le plus puissant au monde.
Suivent la Suisse, la Finlande, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, l'Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège et Singapour.
Singapour, au 10e rang, est le seul pays non européen à figurer parmi les passeports les plus puissants de la planète.
Les notes des dix premiers pays tiennent dans un écart d'à peine trois points, ce qui traduit, selon les analystes, « la forte convergence des démocraties riches en matière de mobilité, de compétitivité économique et de qualité de vie ».
L'absence persistante d'un régime universel de soins de santé, la violence par armes à feu endémique ainsi que la répression récente du processus démocratique et des droits des femmes expliquent que les États-Unis ne figurent plus parmi les dix premiers.
La domination durable de la Suède
Fait à noter, la position dominante de la Suède ne repose pas uniquement sur la mobilité, selon le rapport. Le pays n'occupe d'ailleurs que le 14e rang à ce chapitre. Son ascension, de la 6e place en 2021 au sommet du classement depuis 2024, tient à ce que le rapport décrit comme « une progression constante et cumulative dans les trois dimensions du GPI, dont un 2e rang mondial pour la qualité de vie et un 9e rang pour le climat d'investissement ».
« La domination de la Suède démontre que la force composite d'un passeport, dans sa forme la plus durable, reflète une véritable excellence en matière de gouvernance et de qualité de vie — et pas seulement la mobilité », insiste le rapport.
Autre constat digne de mention : l'écart entre le passeport le plus fort au monde, celui de la Suède, et le plus faible, celui de l'Afghanistan, s'est creusé chaque année depuis le lancement du GPI en 2021.
Malgré sa chute vertigineuse, le passeport états-unien devance encore de deux rangs celui du Canada dans ce classement composite.
Selon un autre classement largement cité, l'indice Henley Passport Power, qui mesure plutôt l'accès sans visa à l'économie mondiale, le portrait s'inverse : la Corée du Sud y occupe le premier rang, devant le Japon et l'Andorre, tandis que le Canada, au 22e rang, devance cette fois les États-Unis, relégués au 27e.
Édition : Bert Archer
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