
par Shane Nelson
Dernière mise à jour: 10:05 AM ET, Mon October 19, 2026
Le président du Guyana, Mohamed Irfaan Ali, a lancé la Conférence 2026 sur l'état de l'industrie touristique (SOTIC) de l'Organisation du tourisme des Caraïbes (CTO) avec un conseil sans détour pour les acteurs du voyage de la région.
« Il faut voir plus grand », a martelé M. Ali dans son allocution d'ouverture à la SOTIC, qui avait lieu pour la première fois au Guyana, du 5 au 9 octobre, à l'hôtel Atlantic Suites de Georgetown.
« Pour que le tourisme réussisse, tienne tête à la concurrence et survive dans cette région, nous devons voir plus grand dans nos idées, nos infrastructures et nos engagements, a-t-il dit. Et dans la région, il faut aussi changer notre approche. Pourquoi je dis cela? Parce que partout dans le monde, aujourd'hui, c'est l'investissement qui définit le tourisme. »
Depuis la découverte, en 2015, de réserves de pétrole et de gaz au large de sa côte atlantique, son économie croît à un rythme vertigineux: selon le Groupe de la Banque mondiale, son produit intérieur brut (PIB) a augmenté de plus de 19 % en 2025, après un bond de 43,8 % en 2024.
M. Ali a pris le Moyen-Orient en exemple. Plusieurs pays de cette région ont diversifié leur économie en misant gros sur le tourisme, et il a invité les dirigeants de l'industrie caribéenne à réfléchir sérieusement à leur approche audacieuse.
« Ils investissent dans des parcs thématiques, des expositions, des congrès, le patrimoine et la culture, et ils le font à une échelle incroyable, parce qu'ils ont les moyens et qu'ils ont décidé que le tourisme est un bon moyen de se détacher du pétrole, a-t-il lancé. On ne peut pas venir à une conférence comme celle-ci sans parler des plans de 2035 des autres régions du monde. Nous devons être très, très, très attentifs à ce qui se passe sur le marché mondial. »
Durabilité, inclusion et connectivité
Plus de 400 personnes ont assisté à la SOTIC au Guyana, selon les responsables de la CTO, dont des ministres du Tourisme d'une douzaine de pays des Caraïbes, des délégués internationaux, des décideurs, des dirigeants du secteur privé et des médias étrangers.
Les stratégies de tourisme durable, qui offrent de véritables possibilités aux gens des Caraïbes, ont dominé la conférence de quatre jours, et la ministre guyanienne du Tourisme, de l'Industrie et du Commerce, Susan Rodrigues, y a insisté dès son mot d'ouverture.
« Une industrie touristique solide peut créer des possibilités qui dépassent largement les hôtels et les voyagistes traditionnels, a dit Mme Rodrigues. Elle fait vivre des agriculteurs, des pêcheurs, des chauffeurs, des guides, des artisans, des artistes et des entrepreneurs. Elle peut ouvrir des perspectives aux communautés, aux jeunes et aux micro, petites et moyennes entreprises. Voilà pourquoi, en développant le tourisme, nous ne cherchons pas seulement à compter plus d'arrivées. Nous voulons bâtir un écosystème où un plus grand nombre de Guyaniens peuvent participer à la croissance de l'industrie, y contribuer et en profiter. »
Elle a tout de même rappelé qu'en 2025, les arrivées de visiteurs au Guyana ont grimpé de 22 % sur un an, pour dépasser les 453 000, un sommet inégalé pour la destination.
« Cette croissance s'est maintenue en 2026, avec 360 623 visiteurs enregistrés durant les neuf premiers mois de l'année », a-t-elle ajouté.
Abordant un autre grand thème de la SOTIC, l'accès aérien dans les Caraïbes, Mme Rodrigues a précisé que le Guyana a vu arriver 12 nouveaux transporteurs en six ans, qui relient la destination à des villes d'Amérique du Nord, d'Europe, d'Amérique du Sud et des Caraïbes.
Un caillou dans la chaussure
Sur ces difficultés de connectivité, l'analyste de l'industrie aérienne Lee Lipton, vice-président principal, Stratégie aérienne, chez ASM Global Route Development, a dit aux participants que son entreprise s'attend à ce que le nombre total de sièges d'avion dans les Caraïbes « continue de diminuer ».
« Certaines causes de cette perte de capacité sont extérieures: prix élevés du carburant, difficultés de l'industrie aérienne comme la disponibilité des appareils et les problèmes de chaînes d'approvisionnement, inflation et évolution de la demande, a expliqué M. Lipton. Mais derrière ces tendances à court terme, il y a de vieux obstacles structurels qui freinent le maintien ou la croissance des services aériens, comme les taxes et les frais élevés sur le transport aérien, les contraintes réglementaires, la mauvaise gestion des flux de passagers, les formalités aéroportuaires lourdes et des infrastructures aéroportuaires insuffisantes. »
Lors d'une table ronde sur la connectivité aérienne dans les Caraïbes, Trevor Sadler, PDG d'interCaribbean Airways, a lui aussi dénoncé les taxes élevées et les infrastructures aéroportuaires comme de sérieux obstacles dans la région, en évoquant à un moment donné plusieurs aérogares desservies par sa compagnie qui auraient grand besoin de rénovations.
« Il y a aussi quelques aéroports qui tendent à vouloir fonctionner comme des banques, aux heures de bureau, et cela ne marche évidemment pas quand nous essayons d'assurer des correspondances en provenance d'Europe, des États-Unis ou du Canada en fin de journée, a raconté M. Sadler. Dès 18 h, il semble que ça devienne gênant pour l'aéroport de rester ouvert, et nous ne pouvons pas répondre à la demande si l'aéroport nous impose une pénalité exorbitante pour arriver une heure ou deux plus tard. »
Dans une autre table ronde, réunissant des ministres du Tourisme de la région, Zhavargo Jolly, ministre du Tourisme, de l'Agriculture, des Pêches, du Patrimoine et de l'Environnement des îles Turques-et-Caïques, a proposé de lancer un tout nouveau transporteur aérien régional, détenu et exploité dans le cadre d'un partenariat public-privé, afin de régler le problème tenace de la connectivité.
« Dans les Caraïbes, il faut accepter que personne ne viendra nous sauver, a déclaré M. Jolly. Quand allons-nous comprendre que l'occasion qui s'offre aux grandes sociétés s'offre aussi à nous, pays des Caraïbes? Il y a ici une occasion d'affaires pour nous tous, et l'argent existe déjà: le financement et les exemptions de taxes que nous accordons à ces transporteurs [internationaux]. C'est, selon moi, ce qui aura le plus d'effet sur le tourisme caribéen dans un avenir prévisible. »
Les Caraïbes reprennent-elles de l'altitude?
Les Caraïbes ont reçu 18,9 millions de visiteurs avec nuitée durant les six premiers mois de 2026, selon Aliyyah Shakeer, directrice de la recherche de la CTO, qui a présenté, le dernier jour de la SOTIC, les données recueillies auprès des 27 pays membres de l'organisation.
Les arrivées de visiteurs avec nuitée ont progressé de 4,1 % sur un an au premier trimestre de 2026, mais ont reculé de 0,04 % sur un an au deuxième, a précisé Mme Shakeer.
« Le deuxième trimestre n'indique pas que la demande des Caraïbes s'effondre, mais plutôt qu'elle ralentit par rapport à l'an dernier, a-t-elle dit. Il faut se rappeler qu'au deuxième trimestre, le marché aérien mondial s'est un peu affaibli. Le carburant coûtait plus cher et, bien sûr, le conflit au Moyen-Orient a pesé sur les budgets de voyage des ménages. »
Du côté des croisières, les arrivées ont atteint un record de 21,7 millions de passagers au premier semestre, en hausse de 11 % sur la même période de 2025 dans l'ensemble des Caraïbes.
« Nous devons vraiment rester visibles, renforcer notre desserte aérienne et donner aux voyageurs de nouvelles raisons de venir dans les Caraïbes », a-t-elle conclu.
Antigua-et-Barbuda, pays composé de deux îles, sera l'hôte de la SOTIC du 4 au 8 octobre l'an prochain.
Édition : Bert Archer
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