Air Canada a trouvé son prochain patron : le Néerlandais Anko van der Werff, actuel président et chef de la direction de Scandinavian Airlines (SAS), succédera à Michael Rousseau et s'installera au siège social de Montréal d'ici la fin de janvier 2027, a annoncé l'entreprise mercredi.
Le choix répond à la question qui planait depuis l'annonce du départ de M. Rousseau : le prochain dirigeant parlerait-il français? Le transporteur assure que oui. La Presse a pu visionner une vidéo interne dans laquelle M. van der Werff, 51 ans, répond en français aux questions du vice-président aux communications, Christophe Hennebelle. Malgré un accent, il s'exprime de façon fluide et compréhensible.
« J'ai eu la chance, comme beaucoup de Néerlandais de ma génération, d'apprendre le français à l'école, y affirme-t-il. Comme Européen, je comprends l'importance de la langue dans l'identité. C'est une priorité que je prends très au sérieux. »
L'engagement sera scruté de près. M. Rousseau, qui prendra sa retraite le 31 août, a déclenché deux tempêtes linguistiques en cinq ans, dont la plus récente en mars : une vidéo de condoléances livrée presque exclusivement en anglais après la mort de deux pilotes — dont le Québécois Antoine Forest — dans une collision à l'aéroport LaGuardia de New York. Le message ne comptait que deux mots de français : « bonjour » et « merci ». L'Assemblée nationale avait adopté à l'unanimité une motion réclamant sa démission, geste exceptionnel envers le patron d'une entreprise privée, et la commissaire aux langues officielles a reçu un nombre record de plaintes. La retraite de M. Rousseau a été annoncée quelques semaines plus tard.
Avocat de formation, M. van der Werff cumule 25 ans d'expérience dans l'aviation, avec des passages chez Avianca, Aeroméxico, Qatar Airways et KLM avant SAS. Outre le français et l'anglais, il parle le néerlandais, l'espagnol et l'italien. Il déménagera à Montréal.
Pourquoi recruter à l'étranger? « Dans des domaines plus pointus comme l'aviation, on n'a pas un grand lot de candidatures au Canada pouvant prendre le poste de direction générale », explique au Devoir Alexandra Langelier, vice-présidente exécutive de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, encore moins si le français figure parmi les critères. « Donc, c'est logique d'aller chercher dans un bassin beaucoup plus large. »
M. van der Werff héritera d'un lourd mandat. Air Canada a suspendu ses prévisions financières en mai devant la flambée du prix du carburant provoquée par le conflit en Iran, et il n'a jamais dirigé un transporteur de cette taille : SAS transporte de 25 à 30 millions de passagers par année, contre près de 50 millions pour Air Canada. « Il s'agit d'un changement significatif en matière de complexité organisationnelle », note James McGarragle, de RBC Marchés des capitaux, cité par La Presse.
D'ici l'arrivée du nouveau patron, le comité de direction relèvera du conseil d'administration, et M. Rousseau demeurera « aussi disponible que nécessaire ».
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