
par Bert Archer
Dernière mise à jour: 7:20 AM ET, Tue October 13, 2026
Lorsque Manfredi Lefebvre, le nouveau président du conseil, a ouvert le 26e sommet annuel du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) à La Valette, il l'a appelé « le Davos du tourisme ».
Difficile de lui donner tort. Plus de 200 entreprises, petites, grandes et très grandes, y sont représentées par leurs hauts dirigeants, aux côtés de ministres du Tourisme et de propriétaires comme lui (Crystal Cruises est une affaire de famille, et il vient d'acheter Abercrombie & Kent). On y brasse chaque année de grosses affaires: le WTTC vient d'annoncer des investissements de près de 3 milliards de dollars (2 milliards US) dans le pays hôte, dans la foulée du sommet. Mais dans les six ou sept éditions auxquelles j'ai assisté, je ne me souviens pas de l'avoir entendu décrire ainsi. Cela fait partie d'une refonte d'image plus large, qui semble liée aux difficultés financières dont M. Lefebvre a parlé à mots couverts. Il a été recruté à la présidence du conseil, l'ancienne PDG s'est volatilisée du jour au lendemain, remplacée par sa propre prédécesseure, Gloria Guevara, et tout le service des communications a été remercié. Après plusieurs années de sommets tenus dans des endroits qui avaient besoin d'un coup de pouce touristique, le WTTC s'est réuni à Rome l'an dernier, puis à Malte cette année, où le tourisme pèse déjà 16,9 % du PIB.
Le WTTC entre dans une période plus terre à terre. Fini les prix décernés, par exemple, à la meilleure destination émergente (Arviat, au Nunavut, en a remporté un en 2014). Cette fois, on a récompensé les ministres du Tourisme qui ont accepté de participer à une table ronde.

Encadré de Manfredi Lefebvre et de Gloria Guevara, le premier ministre Abela reçoit un prix (Photo Credit: WTTC)
Appelons ça l'ère du grand ménage.
Ce sont les tables rondes elles-mêmes, soit ce qui se disait sur scène pendant que 3 milliards de dollars d'ententes se négociaient en coulisses, qui font de ce sommet un rendez-vous peut-être meilleur que Davos. Le récent discours du premier ministre Carney fait exception, mais les échanges de Davos ont tendance à s'envoyer des fleurs, alors qu'ici, sauf pour une entrevue sur scène avec le responsable des investissements d'Oman, menée par l'un de ses principaux investisseurs, rien de tel. Des ministres du Tourisme et des dirigeants d'offices de tourisme, dont Miguel Sanz, de Turespaña, ont expliqué ce que comptent faire désormais les destinations qui ont la chance de recevoir beaucoup de touristes.
Un tourisme trié sur le volet
« Il y a 20 ans, nous étions des pêcheurs, maintenant nous sommes des commissaires d'exposition », a-t-il dit.
La discussion sur le surtourisme devait sans doute en arriver à la sélection des visiteurs. On a commencé par des outils plutôt grossiers, comme la hausse des taxes sur les chambres et les droits d'entrée pour les excursionnistes, qui peuvent écarter les voyageurs moins motivés ou plus serrés, et qui rapportent davantage auprès de ceux qui restent.
Les hauts responsables du tourisme réunis ce matin à La Valette l'ont toutefois bien fait comprendre: les méthodes vont bientôt se raffiner.
« Nous n'avons pas besoin de touristes de plus en haute saison », a déclaré Tonči Glavina, ministre croate du Tourisme et des Sports, d'accord en principe avec M. Sanz.
Le ministre égyptien du Tourisme a dit que son pays, malgré une fréquentation déjà énorme, aimerait la tripler. Certains sites, comme les pyramides et Charm el-Cheikh, accueillent une foule de visiteurs, tandis qu'une bonne partie du pays souffre de sous-tourisme, comme le disait l'ancienne ministre italienne Daniela Santanchè, à propos de l'Italie pourtant très courue, au sommet de Rome l'an dernier.
Le ministre turc est du même avis. « Nous avons quatre mers et quatre saisons, a lancé Mehmet Nuri Ersoy. L'an dernier, nous avons reçu 64 millions de visites, il en faut plus de 100 millions. Pour certaines destinations, il ne faut pas augmenter la fréquentation, mais pour d'autres, nous avons encore de la place, et les nouvelles destinations offrent de meilleurs prix, du moins au début. »
C'est Carlo Micallef, chef de l'office du tourisme de Malte, qui a été le plus direct.
« Nous avons pu choisir le type de visiteur que nous voulons attirer davantage, nous pouvons choisir la connectivité aérienne, influencer le genre de produits dans lesquels le secteur privé investira, cibler des secteurs dans différentes régions et à différentes saisons, et je pense que ce sera la stratégie de l'avenir; une réglementation mathématique selon le type de visiteur que nous voulons accueillir, avec des amendes pour les nuisances, les mauvaises conduites et le manque de respect envers les communautés locales. »
Il faut donc s'attendre à des droits et à des taxes, mais aussi à une offre soutenue de façon stratégique, soit des hôtels de luxe, des centres de bien-être et d'autres produits haut de gamme, qui attirent ce que ces pays voient de plus en plus comme le bon genre de touristes.
Quelques perles
Le public a aussi eu droit à des observations et à des confidences. Chris Nassetta, grand patron de Hilton depuis longtemps, a expliqué pourquoi la chaîne a quitté le monde de la propriété hôtelière (pourquoi traîner autant d'actifs quand on peut, en gros, miser sur ceux des autres?). Pierfrancesco Vago, de MSC, a laissé entendre que le marché des croisières, déjà solide, a encore un énorme potentiel de croissance, puisque ses 38 millions de passagers par année ne représentent que 4 % du marché.

Gloria Guevara (Photo Credit: WTTC)
C'est toutefois Mme Guevara qui a le mieux résumé l'importance de ce sommet et des prochains. « À l'heure où l'IA nous fait craindre pour tant d'emplois, le tourisme va dans le sens contraire », a-t-elle dit, en citant les propres chiffres du WTTC, selon lesquels un emploi sur trois créé dans le monde depuis cinq ans l'a été dans le voyage et le tourisme.
Le sommet de l'an prochain se tiendra à New Delhi.
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